De Ameno à ERA VIII : Éric Levi, le créateur d'un phénomène mondial

De Ameno à ERA VIII : Éric Levi, le créateur d'un phénomène mondial

De Ameno à ERA VIII : Éric Levi, le créateur d'un phénomène mondial

Près de trente ans après le succès d’Ameno, Éric Levi poursuit l’aventure ERA avec ERA VIII, un nouvel album et une tournée événement prévue en 2028. Le compositeur revient sur la naissance de cet univers devenu culte, son rapport à la création et le succès toujours intact d’un projet qui continue de séduire des millions d’auditeurs à travers le monde.

Créateur d’ERA et compositeur de nombreuses musiques de films, Éric Levi a marqué plusieurs générations avec Ameno, devenu l’un des titres français les plus emblématiques à l’international. Alors que paraît ERA VIII, nous l’avons rencontré pour évoquer son parcours, la longévité exceptionnelle de son œuvre et les nouveaux horizons qu’il souhaite explorer.

Quel est votre tout premier souvenir musical ?

EL : Le premier souvenir musical marquant remonte à mon arrivée à Paris, à treize ans. À cette époque, il y avait souvent des grèves dans les lycées. J’étais dans un lycée dans le quinzième arrondissement.

Mon premier souvenir vraiment marquant musicalement, c’est qu’il n’y avait aucun cours, le lycée était vide, et j’entendais un bruit incroyable, un très beau son. Je vais dans un couloir, j’ouvre une salle de classe et je vois un garçon avec une guitare électrique qui jouait très fort. C’était assez chaotique.

Cela m’a profondément marqué. J’étais très impressionné.

Il avait les cheveux longs, roux, une guitare rouge. Et je me suis dit : « C’est ça que je veux faire. »

À ce moment-là, imaginiez-vous déjà pouvoir vivre de la musique ?

EL : Non. On ne pense pas à l’aspect matériel lorsqu’on est jeune. Je n’ai jamais pensé à la manière dont j’allais vivre de la musique.

La passion n’est pas liée au fait de gagner sa vie ou non. C’est un élan, un besoin de faire de la musique. Quelles que soient les circonstances, on veut le faire.

À dix-sept ou dix-huit ans, on ne pense pas à cela. Heureusement.

Comment entre-t-on dans l'univers de la musique de film lorsqu'on est compositeur ?

EL : En France, le réalisateur dispose généralement d’une grande liberté de choix. Le producteur n’impose pas facilement un compositeur.

En général, c’est le réalisateur qui choisit.

Il m’est arrivé d’être contacté par des directeurs de production dans une logique de prise de contact ou de repérage.

Votre collaboration avec Jean-Marie Poiré a marqué votre carrière. Comment êtes-vous arrivé sur Les Visiteurs ?

EL : Jean-Marie Poiré avait réalisé peu avant L’Opération Corned-Beef, avec Valérie Lemercier, Christian Clavier et Jean Reno.

Ce film a été important pour lui. Il n’avait pas encore de compositeur attitré. Souvent, des duos durables se forment entre réalisateurs et compositeurs, comme Besson avec Éric Serra ou Spielberg avec John Williams.

Les réalisateurs maîtrisent beaucoup d’aspects d’un film, mais la musique reste un domaine particulier. Lorsqu’ils trouvent un collaborateur avec lequel le courant passe, une relation de confiance s’installe.

C’est ce qui s’est produit sur ce film, puis il m’a proposé Les Visiteurs.

Avant ERA, vous rêviez déjà de créer un univers musical proche du cinéma. Comment est née cette aventure ?

EL : Je rêvais de composer une musique de film qui serait celle d’ERA. Ce projet ne m’a jamais été proposé.

J’ai donc décidé de créer cette musique sans film. L’univers est très cinématographique, dans les sons comme dans les arrangements.

Je savais qu’il y avait peu de chances qu’on me propose cet univers en France, alors j’ai créé ce projet.

Je voulais explorer un univers médiéval et heroic fantasy. À l’époque, cet imaginaire était très peu présent dans la culture populaire.

Aviez-vous le sentiment d'explorer un territoire inédit ?

EL : Non. Je n’ai pas inventé cet univers. Il existait, mais il était peu exploité et peu visible.

C’était un univers qui me passionnait.

Il était cependant difficile de convaincre une maison de disques, car il n’existait ni références musicales ni visuelles.

Pourquoi avoir choisi de rester dans l'ombre avec ERA ?

EL : Ce choix est personnel. Je ne suis ni acteur ni chanteur.

Je ne voulais pas que la musique soit associée à une personne, mais à un univers. L’idée était que la musique existe seule, sans image ni identité.

C’est cela qui m’intéressait : laisser la musique parler d’elle-même.

À l'heure où les artistes sont omniprésents sur les réseaux sociaux, serait-il encore possible de lancer un projet comme ERA ?

EL : Aujourd’hui, les réseaux sociaux sont incontournables, notamment en tournée.

À l’époque, ils n’existaient pas. Il y avait uniquement la presse, la radio et la télévision.

Nous n’avons eu aucune couverture médiatique : ni presse, ni radio, ni télévision.

Seulement une campagne télévisée sans présence éditoriale.

L’album donnait donc l’impression d’un projet marginal. Pourtant, il a très bien fonctionné.

C’était une situation totalement atypique.

Plus de vingt-cinq ans après sa sortie, comment expliquez-vous que Ameno continue de traverser les générations ?

EL : C’est assez étonnant, mais c’est une grande satisfaction.

Le morceau a été repris dans des contextes très différents, par des rappeurs ou même par un prêtre DJ, Padre Guilherme.

On l’a vu notamment dans de grands festivals, ce qui montre sa capacité à traverser les univers.

Votre nouvel album paraît aujourd'hui. Dans quel univers souhaitez-vous emmener le public cette fois-ci ?

EL : J’espère qu’il plaira. J’ai été très inspiré pour sa création.

Je mélange différentes influences, notamment le métal et le classique.

Ce qui compte, ce sont les voix, les mélodies et l’émotion.

Je ne cherche pas à raconter une histoire précise, mais à créer un univers émotionnel.

Chacun peut l’interpréter librement.

Cet univers se retrouvera également sur scène lors de la tournée à venir. Quelle expérience souhaitez-vous offrir au public ?

EL : Oui. Dans la mise en scène, on part de la cathédrale de Chartres, symbole gothique fort.

C’est un clin d’œil à l’histoire et à l’imaginaire médiéval.

Le tout est à prendre avec recul, comme une évocation.

 

Quel conseil donneriez-vous à un jeune musicien qui rêve aujourd'hui de faire carrière ?

EL : Il faut avant tout avoir une vraie énergie, une nécessité intérieure.

Il ne faut pas penser uniquement en termes de carrière ou d’argent.

Ceux qui cherchent d’abord un contrat ou une réussite rapide se trompent souvent de direction.

Il faut rester fidèle à ce que l’on veut créer et proposer quelque chose d’original.

Beaucoup d’émissions donnent une vision faussée du métier.

Avoir une belle voix ne suffit pas : ce qui compte, c’est ce que l’on exprime.

La musique n’est pas une compétition. Ce qui compte, ce n’est pas la performance, mais la singularité et l’émotion.

Près de trente ans après Ameno, vous pouvez continuer à entrer dans l’univers d’ERA avec ERA VIII, entre fidélité à ses origines et envie de se réinventer. Une aventure que vous pourrez retrouver sur scène lors d’une tournée française en 2028, avant un concert événement à l’Accor Arena le 4 mars.

ERA VIII est disponible depuis le 29 mai, porté par le single « Everything’s Gonna Be Alright ».

 

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